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Body positive : libération ou consommation ?

Quoi de Meuf, c’est le rendez-vous qui parle pop culture et féminisme toutes les trois semaines. Cette semaine, Clémentine et Mélanie décryptent le mouvement body positive.

Face aux injonctions à être belles, à consommer pour correspondre à une image fanstamée  — horizon rêvé voué à rester précisément cela, un horizon, un mythe — certaines femmes fatiguées déclarent qu’elles s’aiment comme elles sont. Ce qui ne veut pas dire qu’elles s’aiment moches ; sauf à croire que sont laides toutes celles qui n’essaient pas d’effacer leurs complexes en rognant leur corps, lissant leurs traits, en livrant chaque jour une bataille perdue d’avance pour les autres et contre elles-mêmes.

C’est le sujet qu’abordent les deux journalistes Clémentine Gallot et Mélanie Wanga dans la deuxième édition de Quoi de meuf, consacré au mouvement body positive. Ce petit bonbon de culture féministe produit par le studio Nouvelles Ecoutes est un vrai régal. En une demi-heure, il brosse un thème sous la forme d’une discussion à deux, qui l’air de rien nous bombarde de références piochées dans des livres, des articles de journaux, des disques ou sur les réseaux sociaux. Plein d’idées pour prolonger le sujet après que les voix se sont éteintes.

Le mouvement body positive, terme à la mode en 2017 mais qui serait en fait une émanation du fat activism des années 60 (ou même de l’amour de soi conceptualisé par Jean-Jacques Rousseau), a libéré les corps de beaucoup de femmes. Il s’agit de changer, en s’affirmant telle qu’on est, les perceptions et les représentations de corps jusqu’ici marginalisés à cause de leur forme ou de leur couleur ; éclipsés par l’image de la femme mince et blanche dupliquée à l’envi dans la pub, les médias, sur internet, partout.

Les corps noirs, asiatiques, handicapés ne sont jamais montrés comme des corps beaux. L’objectif final, c’est d’arriver au corps blanc.

Pourtant, tout n’est pas parfait dans le milieu body positive. Avec le succès du mouvement, grâce auquel des corps non normés osent enfin s’affirmer au naturel, est née son inévitable extension marketing. Des marques opportunistes ont flairé l’aubaine et encouragent désormais à la consommation body positive®, comme des culottes de règles ou des soutiens-gorge nude pour les femmes noires. Certain·e·s y verront une salutaire transformation des mentalités, d’autres s’attristeront de la récupération commerciale d’un mouvement essentiellement politique.

Et comme le hasard fait bien les choses, sur Arte Radio, Charlotte Bienaimé nous fait justement entendre des récits de femmes victimes de grossophobie dans le troisième numéro d’Un podcast à soi, « Le gras est politique ». Pour prendre un peu plus conscience du problème.

Ça s’écoute comment ?
Dans ton bain, pour t’inspirer.

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