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L’amour vu de la cour de récré

Il y a quelques mois, Binge Audio nous (re)plongeait dans les cours d’école pour parler de la perception de l’amour chez les enfants.

Est-ce que l’amour est réservé aux filles ? Quelle drôle d’idée… Et pourtant, c’est ce que les enfants apprennent très tôt. Ce n’est pas contenu dans les programmes scolaires : il s’agit plutôt d’apprentissage social, des croyances qu’on assimile par frottement, au contact des parents, des copains et des copines. Des clichés qui imprègnent les petits et les façonnent pour le reste de leur vie.

Dans cet excellent deuxième épisode des Couilles sur la table, une série d’entretiens de Binge Audio consacrées au genre, le doctorant en sociologie Kevin Diter confie à Victoire Tuaillon les résultats de ses recherches sur « l’enfance des sentiments ». Très tôt, les enfants s’intéressent à l’amour : il n’est pas rare de voir des mariages célébrés dans les cours de récré des maternelles et des cours élémentaires. Mais plus les garçons avancent en âge, moins ils s’y intéressent : pour eux, c’est réservé aux adultes et surtout, c’est un truc de filles. Ils tiennent (déjà !) à leur réputation vis-à-vis des autres : un vrai garçon ne verse pas dans le sentiment. Et les filles aussi l’ont bien intégré.

Bourdieu pensait que l’amour pouvait traverser les barrières sociales, alors qu’il permet aussi de reproduire une sorte de domination, notamment la domination masculine. On n’attend pas les même investissement dans la relation chez les hommes et les femmes.

Car non, l’amour n’est pas naturel : sa perception est le fruit d’une construction sociale. Le rapport aux sentiments est une manifestation de la domination masculine, depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte ; il est aussi lié à la classe socio-économique : les fils de parents éduqués et aisés perçoivent moins le sentiment comme spécifiquement rattaché aux filles.

Je voudrais en dire plus sur toutes les pépites contenues dans ce podcast mais j’en ai déjà trop dit et je ne voudrais pas gâcher le plaisir de l’auditeur. En revanche, je te conseillerai, pour compléter le sujet, de lire les trois premiers volumes de la merveilleuse bande dessinée Les cahiers d’Esther de Riad Sattouf (Allary Editions) : c’est le récit, franc et très drôle, d’une petite fille qui nous fait rentrer à l’intérieur de l’école. Parce qu’on oublie parfois que nous aussi, on y était !

Ça s’écoute comment ?
Pour le goûter, avec du jus de fruits et de la pâte à tartiner.

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