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Hafizou : l’histoire d’une épopée solitaire

Pour sa quatrième saison de « Superhéros », Julien Cernobori nous fait entendre l’histoire d’Hafizou : un récit émouvant à la réalisation soignée.

Quand on nous dit « super héros », on pense à des individus aux pouvoirs exceptionnels, parfois surhumains. L’expression convoque immédiatement l’image d’un Superman, d’un Batman, personnages de fiction sortis de bandes-dessinées, de dessins animés et de films. Ce qu’on n’imagine pas, c’est que des super-héros, on en côtoie tous les jours : au travail, dans le métro, dans son immeuble. On les frôle, on échange parfois un « bonjour » et ça ne va pas forcément plus loin ; sauf si, un jour, on s’approche d’un peu plus près et qu’on écoute ce qu’ils ont à dire. Alors peut être que, emporté·e·s par le récit de leur vie, on s’apercevra que ces gens ordinaires sont en fait des personnes extraordinaires.

Débusquer ces histoires hors du commun et nous les faire entendre, c’est le travail de Julien Cernobori. Sa série « Superhéros », produite par Binge Audio, est un régal pour tous ceux qui raffolent d’histoires vraies. Pour moi, c’est justement le principal attrait du podcast : recevoir, directement dans le creux de l’oreille, des voix qui n’auraient peut-être pas osé s’exprimer face caméra. L’écoute est plus intime, l’absence d’écran efface la distance, le casque se fait oublier. C’est en tout cas exactement ce que j’ai ressenti à l’écoute de la série « Hafizou, le cavalier seul », mise en ligne la semaine dernière sur Binge Audio.

Je ne veux rien manquer de ma traversée. La nuit, les autres sont en train de dormir, moi je suis sur le toit du camion à contempler la nature.

Qui est Hafizou ? Un homme grand, à la silhouette athlétique, un peu timide. C’est par ces mots simples et succints que notre conteur se présente dans le prologue. On sait aussi qu’il fait le ménage dans l’immeuble de Julien Cernobori : ce dernier, frappé par son regard quand il le croisait dans les escaliers, a voulu en savoir plus sur lui. Un café, deux gâteaux, un micro : c’est le début de l’histoire.

Je suis un peu renfermé sur moi-même. Mais quand quelqu’un s’approche de moi et qu’il veut me connaître davantage, je lui ouvre mon cœur et je lui dis la vérité : j’ai été un cavalier solitaire.

Ce n’est qu’à l’issue des huit épisodes qu’on cerne un peu mieux notre personnage : un « battant » comme il se qualifie lui-même, qui a traversé des moments difficiles en même temps qu’il a cheminé du Bénin jusqu’à la France en passant par l’Algérie. Des histoires de famille belles ou terribles, des rencontres heureuses ou malheureuses, des lieux – hostiles, le plus souvent. C’est d’ailleurs l’occasion d’entendre une réalité souvent ignorée des médias : le racisme maghrébin vis-à-vis des migrants d’Afrique noire.

Merveilleusement mis en musique par François Clos, ces podcasts n’omettent pas la mise en scène de ces entretiens : Julien Cernobori réagit, propose du café à Hafizou, lui demande comment il se sent. Si bien qu’on a l’impression d’être assis·e à leur table ; et à la fin, on est un peu triste, comme si on avait quitté un ami.

Ça s’écoute comment ?
Où on veut, mais concentré pour ne pas en perdre une miette.

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