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Vivre sa jeunesse à Téhéran

Dans un Iran religieux, autoritaire et source de beaucoup de fantasmes, BoxSons est allé à la rencontre de jeunes Téhéranais. Des récits inattendus sur fond de célébrations religieuses.

Téhéran, automne 2017. Quelques jours avant que n’éclatent des manifestations d’ampleur contre le Président Rohani et la situation économique d’un pays miné par les sanctions internationales, BoxSons nous emmène à la rencontre de ces jeunes Iraniens qui mènent une existence hors du cadre de la loi islamique. Artistes, homosexuels, spécialistes du flirt dans les embouteillages de la capitale, manifestants de la « révolution verte » de 2009, les Téhéranais ne manquent pas d’idées pour exploiter les failles de la surveillance du pouvoir religieux : les interdits offrent souvent une petite porte de sortie qu’on n’hésite pas à prendre, avec toute les précautions nécessaires. C’est ce que dévoile le reportage Téhéran : une jeunesse iranienne.

Mon existence entière est un peu illégale, mais je m’en moque.

Dans le micro de BoxSons, la vie dans la capitale chiite a l’air presque facile et insouciante : sur sa page Instagram, Ali publie des portraits de personnes aux modes de vie marginaux ; Rey assume un look androgyne et déclare que son homosexualité est connue de ses proches et ne dérange personne, pas même son patron ; la chanteuse Baby Dragon Tooth se produit avec son groupe dans des cafés, alors qu’il est théoriquement interdit aux Iraniennes de chanter ; filles et garçons se retrouvent chaque soir pour flirter à travers les vitres de leurs voitures, dans des avenues quotidiennement paralysées par les embouteillages.

En réalité, ces libertés sont minces, furtives, contrôlées : pour pouvoir chanter, Baby Dragon Tooth fait croire aux gérants des cafés qu’elle n’assurera que les chœurs ; le jour de la représentation, le micro du prétendu chanteur principal est coupé et c’est sa voix seule qu’on entend. Dans les embouteillages, les jeunes gens remontent la vitre de leur voiture dès qu’ils·elles aperçoivent la police rôder. Le quotidien est rempli de ces moments de liberté volés et bientôt repris, abandonnés puis recommencés. La répression n’est jamais très loin.

Des amis à moi sont morts dans la répression des manifestations [en 2009, ndlr]. D’autres s’en sont sortis, mais ils sont comme morts à l’intérieur. Aujourd’hui, ils vivent dans une peur constante.

Ces récits étonnants sont posés sur un arrière-plan particulier : la commémoration de la résistance et du martyr de l’immam Hossein, dont le meurtre commandité par le calife Yazid en l’an 680 a fait naître un schisme – chiisme – au sein de l’Islam . Célébré chaque mois de Mouharram (l’équivalent du mois d’octobre) et culminant au dixième jour, l’Achoura, ce deuil occupe une place très importante dans le pays et met en scène la lutte contre l’oppression. Ainsi, les symboles de cette fête religieuse rejoignent, paradoxalement, ceux des manifestants : la culture chiite est intrinsèquement contestataire.

Moi-même passionnée par l’Iran et ayant pu rencontrer des jeunes anti-régime lors de mon voyage en 2016, ce podcast est pour moi un régal. Cela dit, il serait également intéressant d’entendre d’autres voix : celles des pro-régime, des religieux, des Basidji (force paramilitaire iranienne et source de terreur pour les Iraniens). Car finalement, celles et ceux qui ont fait des études, qui parlent anglais, ne montrent qu’une face de l’Iran. L’autre, moins éduquée, plus rurale et sans doute moins accessible, a peut-être aussi beaucoup de choses à nous apprendre sur la nature complexe de ce pays.

Ça s’écoute comment ?
Après avoir lu un énième tweet de Trump sur l’Iran, vite vite. Attention, l’écoute est réservée aux abonnés.

A découvrir aussi :

  • Cinéma : Les Chats Persans de Bahman Ghobadi (2009), fiction-documentaire sur un groupe de rock en Iran aujourd’hui exilé, dont certains membres ont été tués à New York en 2013 ; SOS à Téhéran de Sou Abadi (2001), documentaire passionnant sur la vie dans la République islamique ; Une Séparation d’Oscar Farhadi (2011) ; Iranien de Mehran Tamadon (2014), documentaire surprenant (et même drôle !) sur des mollahs ; et bien sûr, le cinéma d’Abbas Kiarostami.
  • Livres : Persepolis, bande-dessinée de Marjane Satrapi (2007) ; Je vous écris de Téhéran de Delphine Minoui (2016) ; Khomeiny, Sade et moi d’Abnousse Shalmani (2014).
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