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Podcasts : « c’est cool, c’est quoi ? »

Toute émission audio écoutée sur son smartphone où-on-veut-quand-on-veut n’est pas un podcast, contrairement à ce que laissent croire les applications et grandes plateformes d’hébergement audio. Explications.

Podcast, quésako ? Comme le rappellent les invités du premier épisode de Podcastéo « Définir le média » (que nous mentionnions dans les nouveautés 2018), c’est d’abord la contraction de « iPod » et de « broadcast », soit une émission audio diffusée sur les baladeurs numériques. Le podcast est donc un produit de l’Internet, permis par l’Internet et pensé pour l’Internet. En revanche, les émissions de France Inter, RTL ou Europe 1 accessibles sur nos smartphones sont des productions conçues pour les ondes hertziennes : leurs formats, durées et fréquences sont contraints par des grilles de programme et leurs contenus doivent s’adapter à une large audience. Les podcasts et la radio « de rattrapage » (catch-up radio) procèdent ainsi de logiques de diffusion différentes, qui en font des produits radicalement différents.

Le fait que les grandes radios attribuent à leurs productions le nom de podcasts trahit la difficulté des médias traditionnels (presse, radio, télévision) à considérer ce qui vient du web comme des choses en soi, capables d’exister indépendamment d’eux. Dans le dernier épisode de L’Air du Son, Silvain Gire, fondateur d’Arte Radio, lui-même passé par la radio et la télévision, en témoigne : le web a longtemps été considéré comme le moyen « de prolonger et d’enrichir » les contenus médias classiques, non comme un espace propre d’expression et de création (ce qu’il est pourtant depuis ses presque débuts).  Ce déséquilibre est flagrant dans le classement annuel d’iTunes, largement dominé par la radio de rattrapage – la notoriété des grandes radios contribuant à l’invisibilisation des podcasts natifs, comme le souligne Julien Loisy, cofondateur de Podcastéo, dans Medium.

Classement des émissions les plus téléchargées en 2017 (iTunes)

Or, en distinguant les podcasts natifs des productions radio, on soulignerait l’originalité de ces derniers. Les podcasts font entendre des voix nouvelles, des sujets différents, dans des styles aussi variés qu’il y a de podcasteurs ; exactement comme les blogs ou les vidéos YouTube. Si le podcast connaît un succès croissant, ce n’est donc pas seulement parce que son mode d’écoute (partout, tout le temps) est adapté à notre mode de vie, mais aussi parce qu’il peut s’affranchir des contraintes d’audience et traiter de sujets pointus ou de niche : féminisme (Quoi de meuf de Nouvelles Ecoutes), culture afropop (Le Tchip d’Arte Radio), jeux vidéos, running, histoire médiévale, entrepreneuriat… Une liberté de ton pour les uns, une temporalité différente ou une autre relation à l’auditeur pour les autres. La possibilité aussi, de repousser les frontières de l’audio. Lauren Bastide, ancienne rédactrice en chef du magazine Elle, créatrice de La Poudre, le défend volontiers : le podcast vient « combler les vides médiatiques ».

Cela n’empêche évidemment pas une certaine porosité entre podcasts et radio, dont les producteurs et les auditeurs sont parfois identiques. Plusieurs journalistes, dont certains issus de la radio, produisent désormais des podcasts, souvent avec succès d’ailleurs. D’autres, venus du podcast, se retrouveront un jour sur les ondes hertziennes. Aussi, il est évident qu’une partie des auditeurs de podcasts aiment profondément la radio et continuent de l’écouter (les rédactrices de Radiotips sont d’indécrottables auditrices de Radio France). D’ailleurs la radio se porte très bien, preuve que l’audio a de l’avenir dans un monde saturé d’images.

La liberté associée à la radio par rapport à la télévision, dont Charline Vanhoenecker ou Augustin Trapenard s’enthousiasmaient encore ces jours-ci (dans Télérama et le Tube, respectivement), est poussée encore plus loin par le podcast. Avec le podcast, tout est possible…. En tout cas pour ceux qui ne sont soumis à aucun contrat commercial. Puisqu’à mesure que le podcast se développe, précisent les amis de Podcastéo, la dimension business entre en jeu, amenant une autre distinction : celle entre podcasteurs amateurs et professionnels.

Ne plus mélanger podcast et radio de rattrapage, ce n’est pas tuer la radio, c’est simplement faire une place digne de ce nom à tout un pan de la production audio actuelle, où qualité ne rime pas nécessairement avec audience, et voir que notre rapport à l’audio s’enrichit follement grâce au web. Si tous les sons que nous entendons ne sont pas excellents, beaucoup d’entre eux n’ont rien à envier aux grosses productions. Et rien qu’avec ceux-là, on a largement de quoi occuper nos oreilles.

Il faut donc continuer à faire de la pédagogie et laisser le temps œuvrer en faveur du podcast – ou plutôt des podcasts (tant les formats sont pluriels). Avec la radio en replay, les Français ont pris l’habitude d’écouter des émissions sur leur téléphone ; bientôt, ils auront peut-être envie d’élargir leurs sources. Ils auront alors l’embarras du choix. Les jeunes générations devraient progressivement faire monter le podcast natif en puissance, comme cela a été le cas de YouTube ces dernières années.

À Radiotips, nous prenons le pari : 2018 sera une année décisive pour le podcast natif en France.

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