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Mes années Boum : quand l’histoire d’une famille rencontre celle de l’Algérie de Boumédiène

En 2016, la réalisatrice, auteure et scénariste Adila Bennedjaï-Zou nous emmenait sur les traces de son père, assassiné en Algérie dans les années 1970. Une série palpitante et émouvante des Pieds sur terre (France Culture) dans laquelle une quête personnelle croise l’histoire de l’Algérie de Boumédiène.

Adila Bennedjaï-Zou voulait faire la lumière sur la mort de son père. Elle est revenue en Algérie pour tenter de comprendre ce qui lui est arrivé ce mois de décembre 1975, pendant les « années Boum », du nom de Houari Boumédiène alors au pouvoir. Hocine Bennedjaï était officier, affecté dans une exploitation agricole à Bousfer, près d’Oran : c’est dans la gigantesque villa où il vivait qu’on a retrouvé son corps.

Le point de départ de « Mes années Boum : une enquête algérienne » est une tragédie familiale, qui pendant sept épisodes entraîne Adila dans une véritable enquête policière : elle interroge sa mère, des membres de sa famille paternelle, les anciens camarades de classe de son père, un ancien collègue. Tous ont un avis très tranché sur ce qui est arrivé à son père. Assasiné ? Oui, mais par qui : des militaires ou un ancien camarade de promotion ? Ou bien par la propre mère d’Adila, si l’on en croit l’accusation folle de la soeur du défunt ? Suicidé ? Ou victime d’une crise cardiaque ? « J’ai oublié de vous dire : tout le monde ment », concède finalement la jeune femme. Ses commentaires, qui oscillent entre espoir et impatience, disent précisément ce qu’on ressent en tant qu’auditeur.

Ce qui m’intéresse, au fond, c’est de raconter d’autres vies que la mienne.

A mesure que ses recherches avancent  ou piétinent  – la documentariste lève le voile sur un pan de l’histoire algérienne, aussi mystérieuse que la mort de son père : « Il existe des travaux sur la guerre d’indépendance et sur les années 1990. Entre les deux, rien. Or, je pense que le lien entre l’indépendance et le terrorisme est là, dans cette période dont personne ne parle. » Ces éclaircissements, elle les obtient grâce à des confidences : mariages arrangés, exil des Marocains d’Algérie lors du conflit au sujet du Sahara occidental, révolution agraire, disparitions et silences liés au terrorisme. Et bien sûr, la toute-puissance de l’armée, qui même aujourd’hui inquiète Adila Bennedjaï-Zou.

« Je n’aime pas l’Algérie », avait confié la documentariste dans le premier épisode. Alors, quand à la fin elle confie son envie de revenir, on se demande ce qui l’a fait changer d’avis : ses rencontres, son voyage à travers le pays, les bout de conversation qui lui ont permis de reconstituer tant bien que mal la personnalité d’un homme qu’elle n’a jamais connu ? Peu importe : la véritable raison lui appartient. Ce qu’il nous reste, à nous, c’est un très beau documentaire.

L’épilogue, en trois parties, a été diffusé à partir du 7 février 2018 : où l’on apprend que le père d’Adila a été victime d’un assassinat politique…

Ça s’écoute comment ?
Soit en bingant tous les épisodes, soit en étalant l’écoute sur plusieurs jours… Quoiqu’il arrive, le suspense vous fera revenir !

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