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Pourquoi les podcasts indépendants sont (presque) invisibles

Samia, fondatrice de Radiotips, raconte comment elle s’y prend pour découvrir des podcasts. Une histoire personnelle qui illustre les difficultés des auditeurs pour trouver de nouvelles émissions, et donc celles des créateurs pour se faire connaître.

Comment est-ce que je trouve tous les podcasts que je chronique pour Radiotips ? Je vais vous le dire franchement : je ne pense pas que je connaîtrais la moitié de ces émissions si je ne les avais pas activement cherchées sur les réseaux sociaux. Je vous résume les étapes cruciales de mon parcours : d’abord, j’ai créé un compte Twitter. Ensuite, je me suis abonnée à plusieurs podcasts que je connaissais. L’algorithme a tout de suite repéré ce qui m’intéressait et m’en a proposé d’autres. Quantité d’autres. J’ai commencé à suivre ceux-là aussi : clic, clic, clic. Mais on peut facilement y passer sa journée alors à un moment, j’ai arrêté.

Evidemment, les abonnements ne suffisent pas. Je suis tombée sur beaucoup d’autres podcasts en lisant les tweets des personnes que je suivais. Et si je continue d’en découvrir presque tous les jours, c’est toujours grâce aux réseaux sociaux – ça et, bien sûr, mon insatiable curiosité.

Je peux aussi vous dire ce que je n’ai pas utilisé pour trouver de nouveaux podcasts : mon application iTunes et son médiocre outil de navigation ; les « tops » des grands médias qui, trop souvent, égrènent la même litanie des dix émissions à la mode (la majorité d’entre elles sont d’ailleurs créées par des journalistes et, même si elles sont de très bonne qualité, ne reflètent pas la diversité de l’offre de podcasts) ; les plateformes comme SoundCloud, qui hébergent un nombre incroyable de podcasts mais ne proposent aucun outil pour améliorer leur visibilité ; ou le bouche à oreille, car la vaste majorité de mes amis n’écoutent pas de podcasts.

On peut donc dire, sans se tromper, que celui qui ne cherche pas activement de nouveaux podcasts aura peu de chances de tomber dessus. A moins d’un miracle – le miracle en question consistant à être séquestré par un fan de podcasts, qui ne vous laissera sortir que lorsque vous serez capable de citer au moins quinze émissions indé. Oui, quinze, pour quelqu’un qui n’y connaît rien, c’est beaucoup. On en est là.

Le pire, c’est que même quand on a découvert ces productions indépendantes, ou même une toute petite partie d’entre elles, survient autre problème : on manque de temps pour les écouter. C’est d’autant plus vrai que certaines ne sont pas immédiatement accessibles pour l’auditeur novice : l’univers atypique de Riviera Détente, les surprenants monologues d’OZEF… Ces créations originales exigent souvent un effort de l’auditeur pour les comprendre, se familiariser avec elles et, finalement, les apprécier. Et donc qu’il n’écoute pas un seul, mais plusieurs épisodes. Après tout, le problème se pose aussi pour les séries : on n’en tombe pas toujours amoureux dès le pilote.

Les plus chevronnés d’entre vous auront remarqué que j’ai sauté une étape. Entre le moment où on découvre un podcast et celui où on l’écoute, il existe une zone sombre, périlleuse, truffée d’obstacles : le téléchargement sur votre application. Personnellement, voici comment je m’y prends : quand je découvre un podcast susceptible de m’intéresser sur Twitter, je le cherche sur iTunes. Si ça fonctionne, le visuel de l’émission se rangera dans ma bibliothèque et tous les nouveaux épisodes mis en ligne seront automatiquement téléchargés. Génial, non ?

Sauf qu’une fois sur deux, quand je tape le nom de l’émission dans la barre de recherche, l’appli dysfonctionne. Alors – après un soupir exaspéré et deux ou trois gros mots – je note le nom du podcast sur un bout de papier et je réessaie plus tard. Bon, je suis une auditrice zélée, vous en conviendrez. Mais je n’imagine même pas le nombre de personnes qui se sont détournées d’un format censé être pratique, transportable partout, écoutable dans le métro, à la salle de sport ou même dans son bain, parce qu’aucun développeur n’a fait l’effort de concevoir un outil digne de ce nom.

Même s’il existe d’autres applications comme Podcast Addict, le processus est toujours relativement long. Karen, l’une des animatrices et productrices de l’émission Dans ton rade, le résume ainsi : « installer une app, rechercher le podcast, s’abonner, télécharger les épisodes, pas mal d’étapes qui demandent donc pas mal d’engagements. » Dès lors, comment atteindre des personnes complètement novices, qui ne savent même pas ce qu’elles peuvent trouver dans un podcast ?

Je ne pense pas que tous les podcasts valent le coup d’être écoutés, loin de là. C’est comme les blogueurs et les vidéastes : tous les podcasteurs ne se valent pas, tous les contenus ne sont pas bons. Il faut aussi noter que certains podcasts indépendants s’en sortent mieux que d’autres en termes d’audience : c’est le cas de 2 heures de perdues de Fréquence Moderne, Studio 404 de Qualiter, La Poudre de Nouvelles Écoutes ou encore Génération XX de Siham Jibril.

Mais au hasard de mes pérégrinations dans les méandres d’Internet, j’ai aussi déniché un certain nombre de pépites qui sont, elles, encore trop peu connues. Si vous lisez Radiotips, vous le savez déjà. D’autres sites peuvent éclairer votre chemin, comme les Moissonores, l’annuaire de Podcastéo, Radiovore ou encore Hack the radio.

Si beaucoup de podcasteurs n’ont pas encore trouvé leurs auditeurs, je pense que beaucoup de gens sont de futurs auditeurs qui s’ignorent. Une chose est sûre : le prochain outil qui permettra de démocratiser ce format sera celui qui saura s’adresser à tout le monde – y compris ceux qui ignorent encore l’existence des podcasts.

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  1. Zali Falcam says:

    Bonjour 🙂
    Moi c’est Zali (on m’entend régulièrement sur Kawa dans Allo Centrale, Minuit69 et des fois d’autres trucs du réseau en tant qu’invité).
    Comme j’ai absolument aucune race et que je souscris à ce que tu dis, je me permets de faire de la retape éhontée pour un projet que j’ai lancé en septembre dernier, en parallèle de ce que je fais avec Radiokawa.
    En gros : c’est un podcast dont on tire au sort le sujet de l’émission suivant à la fin des émissions, et chaque fois on ajoute différents sujets possibles. Je voulais que ça parle de trucs que j’avais pas imaginé au numéro 0 (qui parlait juste de musique bizarre), et au numéro 12 on se retrouve à parler de comédies piochées au hasard dans netflix et de trucs qui nous obsèdent mais que personne connait, en passant de la musique d’ascenceur et de vieilles chansons africaines.
    (bref : goo.gl/94wgtg)

    Ayant du coup l’occasion de mener des « gros » projets avec Kawa et de faire Calvinball seul à côté (sans aucun autre moyen de promo que mes réseaux sociaux avec respectivement 500 et 1000 followers dont la plupart en ont légitimement rien à foutre), je peux facilement mesurer la différence d’impact quand t’as toute une architecture de gens motivés qui font la promo à ta place et ont un énorme réseau et des compétences derrière et quand tu dois le faire tout seul pendant tes pauses cafés.
    J’ai la chance d’avoir des chroniqueurs dégourdis qui m’aident pas mal et passent l’émission à leur pote et tout, mais ça a rien à voir avec l’impact d’un article presse ou d’un Retweet d’un gros compte, ou carrément d’avoir quelqu’un qui fait QUE la promo du bouzin.
    Non pas que je m’en plaigne dans mon cas particulier, les podcasts de Calvinball ont pas vraiment la prétention à devenir très connus, on vise juste un élargissement progressif de l’audience pour rigoler avec plus de monde (et ça marche bien), mais j’ai la chance de podcaster dans et en dehors d’une grosse structure, et de voir la différence d’impact que ça a.

    Bref, désolé pour la réclame au forceps dans les commentaires, j’ai essayé de dire quelque chose de pertinent, du coup 🙂
    Je suis dispo pour en parler @Zali_Falcam tmtc

  2. Walter Proof says:

    Très bon article, que je partage à 100 % ! J’y ajouterai deux infos : Le meilleur moyen pour télécharger un Podcast, c’est de noter son flux RSS (en général c’est indiqué sur le site) et de le coller dans n’importe quelle application lectrice de podcast.
    Et parmi les outils qui permettent de trouver des émissions intéressantes, je citerai bien sûr podcloud.fr qui indexe à ce jour plus de 6000 podcasts !

  3. l'Ours says:

    C’est l’énorme force des GAFA, l’audience. L’initiative concrétisée par PeerTube pour la video va dans ce sens, on peut facilement imaginer quelque chose d’identique pour les podcasts.

  4. Camille says:

    Personnellement, je connaissais les podcasts mais je n’avais jamais trop écouté, car c’était très formaté rediffusion radio. J’ai découvert avec bonheur les fictions audio, les shows d’Arte, de Binge Audio et ça tombe bien, ils sont tous sur mon appli de streaming, Deezer. Le podcast est pas encore très connu en France, et c’est dommage car il y a plein d’émissions supers!

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