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Ils étaient skinheads dans les années 80

Dans « Skinheads : histoires de jeunesse », diffusé la semaine dernière sur France Culture, Philippe Roizès revient sur le parcours de deux skins de la fin des années 70.

Né dans les années 60 en Angleterre, le mouvement skinhead séduit essentiellement les enfants d’ouvriers. Auditeurs de ska, de reggae, de rocksteady, ces jeunes au look affirmé – crâne rasé, bretelles – se lancent eux-même dans la musique alors que le mouvement punk fait rage, en 1977. C’est la naissance de la « Oi! ».

Malheureusement, la crise économique passe par là et une partie du mouvement skinhead bascule dans le nationalisme, le racisme, la xénophobie. « De cette histoire, les médias n’en retiendront que ça », regrette Philippe Roizès, auteur de ce documentaire en deux parties. Avant de s’atteler à raconter les débuts du mouvement en France à travers deux histoires particulières et très différentes : Farid, premier skin de France, et Géno, chanteur de l’Infanterie Sauvage que le profond mal-être entraînera dans le néo-nazisme.

Farid, premier skin de France

Le premier raconte lui-même son histoire : fils d’immigrés algériens, élevé en banlieue parisienne dans le plus grand dénuement, victime du racisme de la police dès sa première garde à vue à douze ans, il découvre le punk en 1977, puis le mouvement skinhead un peu plus tard. « J’ai vu les neuskis et je me suis dit : ah ouais, c’est les plus violents. C’est ça que je veux. »

Avec ses amis, il adopte tant bien que mal le look emblématique du mouvement, s’installe avec eux dans le quartier des Halles et n’en bouge presque plus. Alcool, baston, racket… « On était comme une meute de chiens de la casse. Des petits chiens perdus, sans collier. »

Géno, « une dérive à la française »

Le second, Géno (pour « Génocide ») a disparu très jeune : ses proches esquissent à travers leurs souvenirs les contours d’une personnalité complexe, d’un destin gâché. L’auteur du documentaire lui-même l’a connu, en 1983 : « Avant que la politique ne sépare nos routes. », précise-t-il. Né d’un père cambodgien, Géno revendique de plus en plus son attachement à la France. Jusqu’au jour où, pour son groupe, il écrit un texte intitulé « J’irai revoir ma Normandie ». Le thème ? La défense de son pays. Aucun membre du groupe ne saisit alors la portée de cette chanson.

Mais il est trop tard : à partir de 1984, le public de leurs concerts change petit à petit, les skins nationalistes investissent l’espace. « Ce sont des invités qui vivent dans un contexte un peu plus dur que le nôtre. On peut s’autoriser à penser qu’il y avait une certaine fascination de Géno pour ces gens-là… », estime un membre de l’Infanterie Sauvage. Le groupe se sépare. Géno bascule pour de bon dans le néo-nazisme.

En évoquant deux destins très différents, le documentaire traduit la complexité d’un mouvement dont le grand public n’a retenu qu’une infime partie. Passionnant et émouvant.

Ça s’écoute comment ?
Quand on veut changer du discours médiatique sur le sujet !

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