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Lucie, auditrice : « Mon copain n’a pas le droit de me parler tant que je n’ai pas fini mon podcast ! »

Il y a encore peu de temps, Lucie n’écoutait pas du tout la radio. Puis elle a découvert les podcasts. Ces derniers se sont invités dans son quotidien, transformant la jeune femme en fervente auditrice.

J’ai retrouvé Lucie dans un café à République. Le soleil aidant, nous nous sommes installées en terrasse. Cette jeune femme de 29 ans, qui travaille depuis sept ans dans la communication, écoute beaucoup de podcasts. C’est d’ailleurs le premier entretien que je fais avec une authentique auditrice.

De Radio France au podcast indépendant

Lucie a découvert les podcasts grâce à une amie qui lui a recommandé Affaires sensibles, l’émission de France Inter dans laquelle Fabrice Drouelle revient sur les grandes affaires qui ont marqué ces cinquante dernières années : « Je lui ai dit que je n’avais pas le temps d’écouter la radio. Elle m’a dit de l’écouter en podcast ! » Une autre amie lui parle de la chronique de l’humoriste Guillaume Meurice sur la même antenne. Lucie attrape le virus de l’écoute en différé et commence à chercher activement de nouvelles émissions.

Ce n’est que lorsque le réseau Nouvelles Écoutes apparaît que la jeune fille se tourne vers les podcasts indépendants. Elle écoute Banquette – son copain est fan de foot, elle le lui donne à écouter – et surtout La Poudre. Quand elle découvre Binge Audio, à la faveur d’un article dans Libération, elle a un coup de cœur et écoute tout leur catalogue. Ce qu’elle préfère ? « Superhéros : j’aime bien écouter des trucs lourds. Le seul problème, c’est que j’ai du mal à le partager avec des gens car ils ne sont pas forcément friands de cette ambiance. » Puis Lucie découvre Transfert : un coup de coeur. Elle rattrape tous les épisodes qu’elle n’a pas écoutés. Ces trois derniers podcasts – La Poudre, Superhéros et Transfert – sont ceux qu’elle écoute systématiquement, à chaque fois que sort un nouvel épisode. Les autres, elle les lance quand elle a du temps.

Loin de n’aimer que les entretiens et les documentaires, Lucie s’intéresse aussi aux fictions. Celle qui l’a particulièrement marquée, c’est 57, rue de Varenne sur France Culture : un feuilleton politique sur les coulisses du pouvoir. Elle qui n’a pas regardé de série TV depuis Friends, a découvert l’addiction aux histoires en série : « Mon copain n’a pas le droit de me parler tant que je n’ai pas fini mon épisode ! », s’amuse-t-elle. Ce qui la séduit particulièrement, ce sont les intrigues réalistes, qui pourraient être des histoires vraies.

Les podcasts anglophones ? Lucie ne les écoute pas : ceux en français exigeant déjà beaucoup de concentration. « J’écoute essentiellement les podcasts dans les transports. Dès que j’envoie un texto, je suis obligée de revenir en arrière sinon je perds le fil. » C’est le cas pour Les Couilles sur la table, l’émission de Victoire Tuaillon sur la masculinité, qui selon elle demande une grande attention. Quand son trajet se termine avant qu’elle ait fini son épisode, elle doit remettre la fin de l’épisode à plus tard ; alors quand elle a très peu de temps, elle privilégie les formats courts comme A dérouler, une lecture de thread Twitter qui n’excède jamais cinq minutes.

Un goût prononcé pour les podcasts sur les questions de genre

Grâce à La Poudre, Lucie s’est sensibilisée aux questions de genre : outre Les Couilles sur la table, elle mentionne également The Boys Club, le talk de Madmoizelle sur la masculinité, ou encore Histoires de Darons de Fabrice Florent. Ce dernier lui a été recommandé par une collègue qui est également maman : « En fait, c’est super intéressant même si on n’a pas d’enfants. Bien que le cœur de l’interview porte sur leur paternité, le podcast aborde aussi les relations dans le couple et le regard que ces papas portent sur la masculinité », précise-t-elle. Toujours sur les questions de genre et de féminisme, Lucie affectionne Un podcast à soi, une série documentaire de Charlotte Bienaimé sur Arte Radio. Ce dernier est, pour elle, davantage produit et ne s’écoute pas dans le RER : « Je préfère me poser, prendre le temps d’écouter et de réfléchir. » 

Nouvelles venues dans le petit monde du podcast, les productions d’Anouk Perry ont également séduit notre lectrice. Celle-ci a particulièrement aimé Serial Dragueur ou encore La délicatesse des gang bangs, une interview de Z., organisateur de gang bangs à Paris. « Je trouve que son ton est cool, elle aborde le cul avec plein d’angles différents. » 

Pour la jeune femme, les podcasts ne servent pas qu’à écouter des histoires : ils sont aussi informatifs. C’est ce que Lucie apprécie dans Affaires sensibles. Mais aussi dans Splash, l’émission de Nouvelles Ecoutes sur l’économie. Un exercice de vulgarisation très réussi : « Ça parle de sujets qui reviennent tout le temps dans le débat public. Les Jeux Olympiques, la légalisation du cannabis, l’immigration… Etienne Tabbagh sort des données qu’on peut réutiliser dans nos argumentations ! »

Attention cependant, écouter beaucoup de podcasts comporte des risques : « Depuis que j’écoute des podcasts, je ne lis quasiment plus », avoue Lucie. « Avant, je ne lisais que dans les transports, or maintenant je ne consacre ce temps qu’aux podcasts. » Lucie admet aussi qu’elle écoute beaucoup moins de musique qu’avant : c’est d’ailleurs ce qui dissuade ses amis de se mettre à ce format, regrette-t-elle…

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