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Karen (Édition illimitée): « Studio 404 m’a donné envie de faire des podcasts »

Après avoir lancé Dans ton rade avec son acolyte Stéphane il y a plus d’un an, Karen a créé le podcast Édition illimitée avec deux amies. Et elle ne compte pas s’arrêter là : elle prépare actuellement une troisième émission, Cœur cœur cœur, et participe à la création d’un réseau de podcasts… Rencontre avec une passionnée !

Comment as-tu découvert les podcasts, et qu’est-ce qui t’a donné envie d’en faire ?

J’ai d’abord découvert Studio 404, qui reste un de mes préférés. J’ai trouvé le format pratique à écouter, dans les transports par exemple. Maintenant, ça doit faire quatre ou cinq ans que j’écoute des podcasts. Depuis deux ans, c’est le produit culturel que je consomme le plus !

C’est, encore une fois, Studio 404 qui m’a donné envie de faire des podcasts. Ils ont fait des émissions dans lesquelles ils présentaient des acteurs du monde du podcast. Avec Stéphane, que j’ai rencontré quand on était collègues, on a eu envie d’en faire à notre tour. Stéphane avait déjà tout le matériel, qui nous a permis d’avoir un son propre dès le départ.

L’idée de Dans ton rade est venue à ce moment-là : on était dans un bar, on parlait aux gens, et on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire !

Pourquoi avez-vous décidé de faire Édition illimitée ?

Je travaillais dans le domaine de l’édition il y a quelques années. Ça a commencé à me manquer. J’ai eu envie de faire un podcast autour du livre : à ce moment-là, tout ce qui existait c’était des podcasts de recommandations, dans lesquels on parle de plusieurs bouquins en long et en large. Même si j’aime beaucoup les bouquins, je ne lis pas tant que ça… Donc entendre parler de livres que je n’aurais pas le temps de lire, c’était plus frustrant qu’autre chose.

Il y a aussi énormément de choses passionnantes à raconter sur les métiers du livre. Avec deux amies – Inès, éditrice dans la maison d’édition jeunesse Tourbillon, et Gaëlle, libraire à la Fnac – avec qui on parlait déjà beaucoup de tout ça, on a décidé de monter ce podcast. On a pris une soirée pour définir tout ce qu’on allait dire.

Est-ce qu’il existe un autre podcast sur l’édition, à ta connaissance ?

Pour les podcasts anglophones, je ne sais pas du tout. Pour les francophones, il y a Capslock de 7switch, une librairie en ligne. A chaque fois, on peut y entendre une interview de deux professionnels du livre sur un sujet donné, comme le livre numérique par exemple.

Tu as fait tes études dans l’édition… Pourquoi ne travailles-tu plus dans ce domaine ?

A un moment, j’ai eu envie de voir autre chose. Je faisais déjà de l’édition numérique, donc je mettais déjà les mains dans le code. Finalement, je me suis complètement reconvertie dans l’informatique. Là, ça fait deux ou trois ans que j’y travaille.

Mais j’ai gardé une grande passion pour la typographie, la fabrication du livre : c’est toujours quelque chose qui me fascine. Et je trouve les histoires des maisons d’édition passionnantes…

Comment choisissez-vous les questions que vous traitez dans Édition illimitée ?

Avant de commencer, on avait déjà une liste d’une trentaine de sujets. On a commencé avec « Pourquoi certaines couvertures sont moches ? » parce qu’on voulait commencer avec quelque chose de léger, un titre un peu accrocheur. La couverture, c’est aussi la première chose qui nous attire vers un livre… On trouvait donc ça logique de commencer par là.

On a aussi décidé de changer de thème d’un épisode à l’autre : ça peut être axé sur l’édition, la librairie, sur l’aspect matériel du livre, sur le contenu littéraire… On a essayé d’équilibrer toutes ces questions.

Vous explicitez les rapports économiques entre auteur, éditeur, libraire, lecteur… Est-ce qu’il a, selon vous, une méconnaissance du public sur ce sujet ?

Oui ! On a consacré un épisode à la loi Lang : c’est ce qui structure vraiment le marché du livre français, ce qui fait qu’il réussit à se maintenir en bonne santé. C’est vraiment une excellente chose qu’on ait cette loi en France. Pourtant, elle reste assez méconnue. Beaucoup de gens achètent leurs livres sur Amazon : je comprends qu’on puisse vouloir son livre pour le lendemain, mais derrière, tout le monde gagne moins là-dessus : libraires indépendants évidemment, mais aussi éditeur, auteur…

On donne notre argent à des structures qui n’œuvrent pas pour la culture. C »est pour ça qu’on a eu envie d’en parler.

Vous dites, dans un épisode, que les grands médias méprisent la littérature jeunesse. En même temps, dans l’épisode sur les prix littéraires, vous considérez que le Goncourt des lycéens est un des meilleurs prix. Est-ce qu’on dévalorise trop le rapport des jeunes à la littérature ?

On considère que les vrais critiques, ce sont des adultes, qui ont de l’expérience, qui ont lu beaucoup de choses. Ces critiques ont un regard un peu condescendant sur les adolescents, qu’ils soient jurés ou lecteurs. Pourtant, ils sont capables d’analyse critique. En plus, ils n’ont pas la pression de de l’environnement médiatique, et n’ont pas forcément le bagage de culture qu’on est « censé » avoir pour être un bon critique. Leur jugement est donc, sans doute, plus instinctif et touche davantage les gens.

Ce qui est très réussi dans votre podcast, c’est que la conversation est à la fois très dense et fluide. Cela doit demander une grosse préparation… Comment est-ce que vous préparez vos émissions, justement ?

En général, à la fin d’un enregistrement, on commence à préparer le suivant. On choisit un sujet et on essaie de trouver deux ou trois axes. Ensuite, on fait des recherches chacune de notre côté. Il peut y avoir une troisième étape où on organise le contenu. Juste avant l’enregistrement, on se partage les parties en fonction de qu’on maîtrise le mieux, et pour voir sur qui on peut se reposer pour faire les transitions.

Je me suis beaucoup inspirée de Culture 2000 : c’était ma référence en termes de podcast culturel dense, dans lequel il y a beaucoup d’infos, le tout dans un format très agréable à écouter.

Les épilogues de vos podcasts sont enregistrés par des auditeurs. Est-ce que vous avez pu avoir des surprises en les écoutant ?

Dans ce qu’on a reçu, il y a évidemment beaucoup de gros lecteurs. Alors on essaie d’équilibrer en allant voir des gens de notre entourage qui sont assez différents : on peut ainsi entendre ma nièce de quinze ans ou les membres de l’orchestre d’Ines.

Quand j’ai demandé à ma nièce quel livre elle voudrait être, elle a répondu qu’elle n’aimerait pas être un livre. Il y a aussi Thomas du podcast La Grosse bouffe, où il disait qu’il aimait lire des livres de cuisine aux toilettes, parce qu’il avait l’impression d’accomplir quelque chose de cyclique !

A chaque fois, ces questionnaires sont un vrai plaisir à écouter. Les réponses sont toujours très originales.

Comment choisis-tu un livre ?

Ma première source d’approvisionnement, ce sont mes amis : soit ils me prêtent des livres, soit ils me les offrent… Sinon, je vais beaucoup en librairie et je craque pour cinq ou six livres : littérature, philo, socio… Les BD sont assez chères, donc en général je les achète pour les offrir et je les lis avant !

Je choisis les livres en fonction de ce que je sais de l’auteur, et même de l’éditeur. Par exemple, chez Vertical, il y a des auteurs que j’adore. Il y a aussi l’Arbre vengeur et Finitude : ce sont des éditeurs bordelais que j’ai connus pendant mes études.

Est-ce que vous envisagez de financer votre podcast ?

Moi, ça m’intéresse toujours de rémunérer mes podcasts. En plus, j’aimerais revenir dans le milieu de l’édition : si faire du podcast peut y contribuer, ça me plairait beaucoup.

On aimerait beaucoup monétiser Edition illimitée, mais il ne faudrait pas que ça influence le contenu. Si on était sponsorisées par une grande chaîne de librairie, ça serait compliqué et ça ne nous donnerait pas forcément une bonne image vis-à-vis des éditeurs.

Avec Stéphane, qui co-anime et produit Dans ton rade, vous créez le réseau de podcasts « Super Bagatelles ». Peux-tu parler de ce projet ? En quoi est-ce plus intéressant d’avoir un réseau plutôt que plusieurs podcasts indépendants ? Est-ce que vous envisagez de le financer ?

Je vais bientôt sortir Cœur cœur cœur, mon nouveau podcast sur l’amour. On s’est dit que c’était plus facile d’avoir une marque commune derrière, pour faire bénéficier à chacun des podcasts de l’audience des autres.

On veut aussi mettre en avant une certaine qualité de son. Cela nous permet de montrer qu’on a un certain savoir-faire, qui pourrait nous permettre de démarcher des entreprises pour produire du contenu.

Peux-tu nous parler de Cœur cœur cœur ?

C’est un podcast sur l’amour. C’est quelque chose qui est très présent dans notre société : des films, des livres y sont consacrés… Mais on ne l’aborde pas beaucoup de personne à personne. Et quand on le fait, on l’évoque surtout sous l’angle du couple ! Or, le mot « amour » a des sens très variés, que j’ai eu envie de creuser.

J’ai déjà fait plusieurs enregistrements, qui mettent en avant plusieurs formes d’amour. En ce qui concerne le format, ça ressemblera à Transfert (Slate) ou Les Pieds sur terre (France Culture) : on donne la parole à une personne, qui déroule toute son histoire.

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