Marques, médias, indépendants… tout le monde veut son podcast. Y a-t-il un risque de saturation ? 

Le week-end dernier, le premier Paris Podcast Festival organisé à la Gaîté Lyrique a eu un succès qui, s’il n’était pas inattendu, doit quand même être souligné. Selon les organisateurs, 4500 personnes sont venues assister aux conférences, séances d’écoute, enregistrements publics et rencontres programmés pendant trois jours.

Avec ce festival s’est matérialisée toute l’effervescence que l’on sentait autour du podcast ces derniers mois. Si on ne peut pas encore parler d’explosion, on remarque toutefois qu’on ne peut plus parler de niche. Le podcast indépendant ramène du monde, dans la véritable institution culturelle qu’est la Gaîté Lyrique. Comme la bande-dessinée, considérée pendant longtemps comme un art mineur, le podcast s’installe donc inexorablement dans le champ culturel du 21ème siècle.

Mais, comme dans tous les arts, il existe davantage de productions que de bonne productions. Et cela semble particulièrement vrai dans ce moment où de plus en plus de créateurs se lancent en quelques jours : un enregistreur, l’envie de raconter quelque chose, des connaissances basiques en communication sur les réseaux sociaux, et voilà qu’une nouvelle émission se fraie un chemin dans nos applications de podcasts.

Enfin, si elle parvient à sortir de l’invisibilité qui frappe beaucoup de ces nouvelles créations…

Y a-t-il trop de podcasts ?
David Dupuis – Paris Podcast Festival

Il n’y a pas que des anonymes qui se lancent : aujourd’hui, beaucoup de médias et de marques créent également leur propre podcast. Plus surprenant encore, l’Armée de l’air compte sur sa nouvelle série audio Echo pour recruter plus de 3000 jeunes…

Alors, y a-t-il trop de podcasts ? C’est ce qu’on pourrait penser en voyant la liste s’allonger de jour en jour, au point qu’on n’arrive plus à suivre toutes les sorties. C’est ce qu’on pourrait penser, également, quand on écoute les premières minutes d’un nouveau talk entre amis ou d’une émission d’entretien avec une énième personne « inspirante »…

PodMust, un annuaire de podcasts, compte à ce jour plus de 300 podcasts – et ce, après avoir retiré les émissions inactives depuis plus de six mois…

Dans Le Siècle Digital, Antoine Gouritin, lui-même podcasteur, comparait cette frénésie à celle qu’a suscitée Youtube : « La facilité de création de podcasts et le budget limité nécessaire pour faire des émissions de talk permet à tout le monde de se lancer… quitte à faire du YouTube version audio. »

Pourtant, je pense qu’il est absurde de dire qu’il existe trop de podcasts. Evidemment, je n’ai pas assez de temps disponible pour tout écouter, et bien sûr quand je lance quelque chose il m’arrive d’être déçue. De trouver par exemple que les émissions sur les entrepreneurs, dédiées aux entrepreneurs, pourraient être réduits de moitié sans que le public en soit gêné.

Mais ce serait comme dire qu’il existe trop de films : les courts-métrages, même s’ils nécessitent plus de moyens de réalisation qu’un podcast, sont également très nombreux et se bousculent pour se faire une place dans les festivals. Combien d’entre eux sont réussis ? Combien d’entre eux trouveront leur public ?

Y a-t-il trop de podcasts ?
David Dupuis – Paris Podcast Festival

On peut continuer la comparaison, avec la littérature cette fois. Même si, maintenant, les auteurs peuvent proposer directement leurs livres sur Amazon, presque tous aspirent à être édités. Mais même là, la publication par une maison d’édition n’assure pas qu’on soit lu : il existe des milliers de petits éditeurs qui ne peuvent pas distribuer leurs livres partout. Même quand c’est le cas, les librairies débordent de nouvelles parutions et il est donc difficile de faire le poids face à un Gallimard ou un Seuil.

Pire : malgré la validation d’une maison d’édition, le contenu n’est pas forcément bon ou au goût du lecteur.

Et pourtant, a-t-on déjà entendu qu’il fallait réduire le nombre de livres dans les librairies ?

Si un podcast qui vient de sortir s’avère de mauvaise qualité, il sera tout simplement oublié. Vous ne le recommanderez pas à vos amis, vous n’écouterez probablement pas l’épisode suivant. Le tri se fait là : pas en amont, au moment de la création, mais après, par l’audience.

Il y a quand même un risque lié à l’explosion du nombre de podcasts : d’une part, détourner de potentiels nouveaux auditeurs du format à cause d’une émission particulièrement ratée ; d’autre part, étouffer les bonnes créations qui, malgré le bouche-à-oreille, peineraient à se freiner un chemin jusqu’à nos oreilles.

Mais peut-être que dans tout ce foisonnement créatif, vous trouverez une pépite qui ravira vos oreilles et vous fera penser que, oui, ça valait le coup qu’une énième personne prenne son enregistreur et fasse entendre sa voix…

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