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Laurent Le Gall, co-fondateur du festival Longueur d’Ondes : “Le podcast est une extension du domaine de la radiophonie”

« La radio est une fête, la radio a son festival », voici les mots qui présentent la 16ème édition du festival Longueur d’Ondes, qui s’est déroulée du 28 janvier au 3 février à Brest. Rencontre avec Laurent Le Gall, le co-fondateur, qui est aussi maître de conférence en histoire contemporaine à l’université de Brest.

Est-ce que tu peux nous présenter le festival ? 

Laurent Le Gall : Longueur d’Ondes a été créé en 2003. Au début nous étions quatre étudiants, tous passionnés de radio. Nous avions la volonté de monter un événement culturel qui défende une certaine vision de la radio qu’on aime : à la fois exigeante, éditorialisée mais surtout éclectique. Une radio où il n’y a pas de hiérarchie de genre : je ne pense pas que le journalisme soit mieux que le documentaire ou que la fiction. Ce sont des genres différents qui sont tous riches à leur manière ! Nous avons donc monté ce projet en commençant avec une aide financière de 4500€ pour le mettre en place et faire nos preuves.

Comment ça s’est passé ?

Nous avons eu plus de 1000 visiteurs et c’était un succès ! C’est vraiment génial de voir que notre persévérance avait porté ses fruits. D’année en année, nous avons de plus en plus de personnes qui rejoignent les rangs des passionnés de radio. Par exemple, on est passé de 10 000 festivaliers à 15 000 entre la 14ème et la 15ème édition. Même si nous n’avons pas une volonté de « croissance à la chinoise », c’est assez fou comme progression !

Qu’est-ce qui explique le succès grandissant de Longueur d’Ondes selon toi ?

L’objectif de ce festival, c’est de fédérer une communauté de gens qui aiment la radio. Je pense qu’il fonctionne parce qu’on se sent un peu comme dans une grande famille. Personne ne se prend la tête ici et surtout il y a des gens qu’on n’invitera jamais. Les Cyril Hanouna et compagnie, ce n’est pas ici que vous allez les trouver ! Nous n’aimons pas du tout ce qu’ils représentent et ce qu’ils font. 

En revanche, nous sommes très ouverts et très poreux à l’égard de tous les nouveaux créateurs de contenus. La radio a été pour moi une véritable école de formation intellectuelle et morale et j’ai envie que ça puisse l’être pour un maximum de personnes.

La radio, c’est le monde qui vient à soi. On allume un bouton ou on clique sur un lien et d’un seul coup, le monde arrive à soi et c’est quelque chose de remarquable. En plus, on ne se rend même pas compte de tout ce qu’il se passe dans notre inconscient quand on écoute la radio. Cela génère beaucoup d’émotions, de souvenirs, de moments… Il n’y a pas que la musique qui génère ça.

Silvain Gire (le directeur éditorial d’Arte Radio, ndlr) dit par exemple que c’est le « festival de Cannes de la radio »…

Oui voilà, sauf qu’on n’a pas les palmiers ni la Croisette ! Et puis bon, il faut dire la vérité : aujourd’hui il pleut et on est bien content d’être au chaud au Quartz entre nous, dans une ambiance familiale ! Moi je veux que les gens qui viennent se disent « ah ouais, mais la radio c’est ça ! Je ne pensais pas qu’on pouvait faire tout ça ! » Ça, c’est vraiment le plus beau compliment qu’on puisse nous faire.

Il y a aussi toute une dimension pédagogique dans ce festival, avec des ateliers professionnels pour les adultes mais aussi des ateliers pour les enfants. C’est important pour vous de convertir des nouvelles personnes ?

Oui, les ateliers sont très importants. On a proposé des ateliers gratuits et sur inscription qui avaient lieu sur la journée du jeudi. Parmi les professionnels qui sont intervenus, on compte Charlotte Pudlowski (Louie Media), Silvain Gire (Arte Radio), Joël Ronez (Binge Audio), Medhi Ahoudig (“Qui a connu Lolita“, Wilfried pour Arte Radio), Julien Cernobori ( “le Baladeur” sur France Inter, “Superhéros” pour Binge Audio), Samuel Hirsh (sound designer pour Arte Radio) ou encore Irène Omélianenko (“Sur les docks“, “Atelier de création” pour France Culture).

Et puis à côté de ça, on a aussi monté Oufipo, une webradio locale qui propose des ateliers. Cela nous tient vraiment à coeur de faire découvrir la radio aux plus jeunes car on vit dans une société de l’image où le son est parfois minoré. Ces ateliers, c’est aussi offrir une éducation aux médias aux enfants et adolescents. C’est un monde qui s’offre à eux.

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🔔 // RÉSIDENCE // 🔔 C'est parti !!! Sabine Zovighian, réalisatrice de fiction sonore chez ARTE Radio, commence une résidence de quatre semaines à l'école primaire Auguste Dupouy dans le quartier de Bellevue à Brest (grâce au soutien de la Ville de Brest et de la Drac Bretagne/Ministère de la culture et de la communication). Elle va réaliser avec les élèves d'une classe de CM1 / CM2 un spectacle radiophonique autour de leurs idoles. Palpitant programme qui débouchera sur la scène du Mac Orlan lors du festival Longueur d'ondes ! Lundi après-midi, les jeunes de la Maison De Quartier Bellevue ont joué la fiction Sacha et Tomcrouze sous le regard amusé du jeune public de l'école et des collégiens de Kerhallet. #Brest

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Comment se passent les ateliers avec les enfants ? Est-ce qu’ils sont réceptifs ?

C’est toujours d’excellents moments ! C’est un autre monde pour eux ! Ils ne connaissent généralement pas la radio et ils découvrent complètement ! Ils jouent le jeu, ils adorent aller capter des sons.

C’est ce qu’on appelle « Mission Oufipo ». Il y avait par exemple un spectacle créé par des enfants avec Sabine Zovighian (Arte Radio, France Culture). Elle a fait une résidence avec des enfants dont le thème était « Autour de mon idole » et c’était génial ! Nous avions tous des larmes aux yeux tellement c’était beau. Ce qui est fou, c’est de faire quelque chose de beau avec l’univers de ces gamins qui n’est pas toujours très beau : leurs idoles ne sont pas forcément belles à mes yeux, mais le résultat était vraiment émouvant. Notre but, c’est montrer qu’il y a une pluralité des formes esthétiques de représentation du monde et que la radio est une forme d’expression extraordinaire !

Après, libre à eux d’en faire ce qu’ils veulent. Je ne défends aucune idéologie de la radio, je veux juste leur dire que cela existe.  C’est comme les abeilles, on butine. On trouve ça bien, ça peut-être moins. Peu importe. L’essentiel étant de savoir que cela existe !

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on stage @vtuaillon

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Dans un monde où beaucoup de gens ne parlent que d’eux, écouter les autres c’est être aussi capable de se taire et de penser qu’on n’est pas les seuls au monde.

Au programme, on note plusieurs enregistrements en direct que ce soit les podcasts Casseroles ou Les Couilles sur la Table de Binge Audio ou encore Radio Campus et Radio U). Tu peux nous en dire plus ?

Nous avons la volonté de montrer que la radio, ce n’est pas uniquement être derrière des micros. C’est quelque chose qui peut aussi se regarder ! C’est beau la radio en public. Je me rappelle très bien de Jean Lebrun qui était venu au tout début du festival avec son émission. Il fallait le voir ! Nous étions dans un café et c’était quasiment un danseur lorsqu’il donnait la parole à tous les interlocuteurs. C’est ça, la radio ! Il y a aussi la dimension “adrénaline” liée au fait de devoir parler en public, de devoir travailler la prise de parole en public, etc. On n’imagine pas, mais beaucoup de personnes qui travaillent à la radio sont de grands timides !

Il y aussi une chose : la radio, ça permet d’écouter. Dans un monde où beaucoup de gens ne parlent que d’eux, écouter les autres c’est être aussi capable de se taire et de penser qu’on n’est pas les seuls au monde. Je suis très sensible à cette idée-là. Ce sont d’abord les autres qui m’intéressent avant ma petite personne. L’ancien directeur du Quartz disait : “Ce qui est terrible, c’est que lorsque les gens sont morts, c’est que leurs voix n’a pas beaucoup vieilli”. La voix c’est quelque chose de fort. C’est très intense de réécouter la voix des gens qu’on a perdu. La voix, c’est aussi la conscience. C’est notre rapport à ce que nous disons.

On a beaucoup entendu parler de podcast en 2018. Quel est ton avis sur ce format ?

Je n’ai pas vraiment de point de vue là-dessus. La question que je me pose, c’est : est-ce que le podcast ripoline la radio ou est-ce quelque chose de nouveau ? Je pense que la réponse est entre les deux. La question sous-jacente c’est peut-être : est-ce que des transformations techniques induisent des transformations de rapport au monde ? C’est ça, la vraie question.

Parce qu’au final le podcast, c’est la dématérialisation. C’est la possibilité d’écouter de façon nomade et puis finalement d’avoir des niches de plus en plus importantes. Mais est-ce que ça change notre rapport au monde ? Est-ce que cela change le rapport à la production de contenu ? Je n’en suis pas persuadé.

C’est peut-être que le podcast semble plus accessible que la radio pour certains, non ?

Il y aussi ce postulat américain qui dit qu’à partir du moment où on essaie de se placer, on va essayer de légitimer ce marché-là. Moi ,j’ai toujours une espèce de méfiance d’intellectuel face à l’annonce des grandes révolutions. Pour moi, le podcast c’est une extension du domaine de la radiophonie. Ce n’est pas une révolution. Et plus il y a extension de ce domaine-là, plus je suis heureux en tant qu’amoureux de la radio ! C’est un amour de l’audio et du son avant tout ! Ce que je trouve génial aujourd’hui, c’est que c’est assez facile de se lancer dans la radio ou le podcast. Il suffit d’avoir un petit Zoom et un logiciel de montage et il est possible de faire des choses extraordinaires ! Moi quand je faisais de la radio associative quand j’étais jeune, c’était des gros Nagra, ça coûtait extrêmement cher et peu de gens faisaient de la radio de création. Aujourd’hui, on peut faire ce que l’on veut. On reçoit des projets incroyables !

Longueur d’Ondes, ce n’est pas qu’un festival, c’est aussi une association. Tu peux nous en dire plus ?

C’est aussi une association qui est très active tout au long de l’année avec une équipe très chouette de jeunes gens qui ont des compétences, de l’abnégation de l’investissement et un amour de la radio bien évidemment.

Nous avons 5 salariés, 5 personnes en service civique, une quinzaine de bénévoles qui travaillent à l’année et une centaine lors du festival. Il y a quelques années, nous avons par exemple monté une revue qui s’appelle Les larmes du diable. Nous n’avons sortir que six numéros mais on s’est fait plaisir en faisant ça. On a toujours envie de faire autre chose. Là par exemple j’ai envie de monter un festival en Grèce dans les Cyclades avec des balades sonores. Il faut toujours se réinventer, sinon on meurt ! Et c’est cette réinvention permanente qui est au cœur du festival.

On a aussi des ateliers pour les enfants, pour les adultes veulent se former au son… Ce n’est pas juste un festival à un moment donné, c’est une association qui a une forme d’arborescence essaime sur l’ensemble de la métropole et du Finistère.

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Weekend studieux… @festivallongueurdondes

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Pour conclure, qu’est-ce que tu conseillerais à quelqu’un qui veut se lancer ?

D’avoir la foi du charbonnier ! C’est-à-dire d’y croire en dépit de tous ceux qui diront que c’est compliqué et qu’il n’y a pas de débouchés.

Il faut travailler beaucoup, encore et toujours. C’est un travail sur la durée. On ne s’invente pas en quelques mois. Il faut croire en la compétence et savoir s’entourer pour la recevoir des personnes plus expérimentées. C’est comme un peintre, un auteur, un menuisier, un ébéniste. Après, ceux qui font la différence, c’est ceux qui ont un point de vue un peu différent. Mais ça, est-ce que ça se travaille ? Oui je pense, mais il y a des gens pour qui c’est plus simple que pour d’autres !

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